Les grilles de Mexico

A Mexico, les transactions les plus quotidiennes, comme acheter une brique de lait chez l’épicier, donner son linge à laver ou payer un taxi, ont souvent lieu derrière une grille. Selon la taille de la marchandise, et celle des barreaux, on est parfois amené à de cocasses contorsions pour repartir avec ce qu’on est venu chercher.

La première fois, le rideau de fer repousse, et l’on repart chez soi bredouille. La seconde fois on ose un ¿esta cerrado? Et puis l’on s’y fait…

Cette grille derrière laquelle se retranche le commerçant est la plus petite des barrières visibles de cette ville qui en compte tant d’autres.

La grille c’est aussi la vitre qu’il ne faut pas descendre au feu rouge, la porte de l’appartement qu’on ne doit pas ouvrir. J’ai été surprise, un jour que je voulais rendre à mes voisins une paire de ciseaux empruntée, de me trouver face à une porte délibérément close alors qu’il y avait de la lumière et de la musique chez eux. Je frappai de nouveau, persuadée qu’il n’avaient simplement pas entendu, la musique se tut et la lumière s’éteignit…

Sur le Paseo de Pedregal, l’une des rues les plus chic de Mexico, il ne suffit pas de faire le mort derrière sa porte pour dissuader les intrus. Des sortes de bunkers surmontés de barbelés et de tessons de verre s’alignent tout le long de l’avenue. Inutile d’espérer apercevoir les jolies façades des propriétés, toutes se retranchent derrière cette antichambre hostile. La grille dérobe à l’oeil ce qui pourrait le tenter en même temps que ce qui pourrait le réjouir.

Avez-vous déjà vécu l’expérience de regarder tout un spectacle derrière un grillage? C’est ce qui vous arrive dans les arènes où se déroulent les combats de lucha libre lorsque vous achetez un billet de troisième catégorie. Pas seulement pour vous punir de ne pas avoir payé votre place assez cher, mais pour vous disuader de vous faufiler jusqu’à un siège pourtant inoccupé de la catégorie supérieure. Tania me dit que je ne connais pas les mexicains et que, sans ce grillage, tous les occupants des gradins du fond se seraient déjà rués jusqu’au bord du ring. A l’en croire, la grille serait un remède nécessaire à la nature intrinsèquement transgressive des mexicains.

La grille ne sert pas seulement à protéger un espace et son occupant, la propriété privée, l’intégrité des personnes. Multipliée dans toutes sortes de lieux et à toutes sortes d’échelles, elle vous désigne sans cesse comme voleur, voyeur potentiel. Elle est un rappel constant de la violence dans laquelle la ville de Mexico s’est emprisonnée.


Archive pour 26 avril, 2007

Les grilles de Mexico

A Mexico, les transactions les plus quotidiennes, comme acheter une brique de lait chez l’épicier, donner son linge à laver ou payer un taxi, ont souvent lieu derrière une grille. Selon la taille de la marchandise, et celle des barreaux, on est parfois amené à de cocasses contorsions pour repartir avec ce qu’on est venu chercher.

La première fois, le rideau de fer repousse, et l’on repart chez soi bredouille. La seconde fois on ose un ¿esta cerrado? Et puis l’on s’y fait…

Cette grille derrière laquelle se retranche le commerçant est la plus petite des barrières visibles de cette ville qui en compte tant d’autres.

La grille c’est aussi la vitre qu’il ne faut pas descendre au feu rouge, la porte de l’appartement qu’on ne doit pas ouvrir. J’ai été surprise, un jour que je voulais rendre à mes voisins une paire de ciseaux empruntée, de me trouver face à une porte délibérément close alors qu’il y avait de la lumière et de la musique chez eux. Je frappai de nouveau, persuadée qu’il n’avaient simplement pas entendu, la musique se tut et la lumière s’éteignit…

Sur le Paseo de Pedregal, l’une des rues les plus chic de Mexico, il ne suffit pas de faire le mort derrière sa porte pour dissuader les intrus. Des sortes de bunkers surmontés de barbelés et de tessons de verre s’alignent tout le long de l’avenue. Inutile d’espérer apercevoir les jolies façades des propriétés, toutes se retranchent derrière cette antichambre hostile. La grille dérobe à l’oeil ce qui pourrait le tenter en même temps que ce qui pourrait le réjouir.

Avez-vous déjà vécu l’expérience de regarder tout un spectacle derrière un grillage? C’est ce qui vous arrive dans les arènes où se déroulent les combats de lucha libre lorsque vous achetez un billet de troisième catégorie. Pas seulement pour vous punir de ne pas avoir payé votre place assez cher, mais pour vous disuader de vous faufiler jusqu’à un siège pourtant inoccupé de la catégorie supérieure. Tania me dit que je ne connais pas les mexicains et que, sans ce grillage, tous les occupants des gradins du fond se seraient déjà rués jusqu’au bord du ring. A l’en croire, la grille serait un remède nécessaire à la nature intrinsèquement transgressive des mexicains.

La grille ne sert pas seulement à protéger un espace et son occupant, la propriété privée, l’intégrité des personnes. Multipliée dans toutes sortes de lieux et à toutes sortes d’échelles, elle vous désigne sans cesse comme voleur, voyeur potentiel. Elle est un rappel constant de la violence dans laquelle la ville de Mexico s’est emprisonnée.

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